
Chaque année, les syndics reçoivent la même question en assemblée générale : pourquoi la facture d’électricité des parties communes augmente-t-elle, alors que la consommation reste stable ? Une partie de la réponse se cache dans une ligne souvent ignorée de la facture : le TURPE. Ce tarif d’acheminement, fixé par la Commission de Régulation de l’Énergie, pèse entre 20 et 30% de la facture totale TTC, et son impact varie considérablement selon la puissance souscrite par la copropriété.
Ce que votre facture ne vous dit pas clairement :
- Le TURPE représente 20 à 30% de votre facture TTC, quel que soit votre fournisseur
- Les copropriétés ≤36 kVA conservent l’accès au tarif réglementé, les autres sont en offre de marché depuis 2016
- Le choix de la version tarifaire (LU, MU, CU) peut générer plusieurs centaines d’euros d’écart annuel
Pour un gestionnaire d’immeuble, décrypter cette composante devient indispensable : savoir si la copropriété paie un TURPE optimisé ou surdimensionné permet d’identifier des pistes d’économies concrètes à présenter lors de la prochaine AG.
Les données publiées par la CRE début 2025 et la mise en place du TURPE 7 au 1er août 2025 modifient les repères. Voici comment ces évolutions impactent les copropriétés selon leur puissance souscrite.
Comment le TURPE se décompose dans votre facture d’électricité
20 à 30%
Part du TURPE dans la facture TTC moyenne des copropriétés en basse tension
Le Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Électricité finance l’entretien et le développement du réseau de distribution géré par Enedis. Selon les données publiées par la CRE sur le poids du TURPE, ce tarif représente environ 0,06 €/kWh HT, soit 20 à 30% d’une facture d’électricité TTC moyenne en fonction du prix de l’énergie. Cette fourchette s’explique par la structure même du TURPE : une part fixe liée à la puissance souscrite, et une part variable indexée sur les kWh consommés.

Une copropriété qui cherche à maîtriser ses charges doit comprendre que le TURPE est identique quel que soit le fournisseur choisi : changer d’opérateur n’affecte pas cette composante. Seule la part fourniture (le prix du kWh vendu par le fournisseur) est négociable. C’est pourquoi l’analyse du tarif électricité copropriété dans sa globalité permet d’identifier les véritables leviers d’optimisation, en distinguant ce qui relève de l’acheminement (régulé) de ce qui relève de la fourniture (concurrentiel).
La facture d’électricité d’une copropriété se décompose ainsi en trois blocs principaux : la fourniture (achat de l’énergie au fournisseur), l’acheminement (TURPE reversé au gestionnaire de réseau), et les taxes (CSPE, TCFE, TVA). Le TURPE constitue généralement le deuxième poste après la fourniture.
Part du TURPE selon la puissance souscrite : les chiffres 2026
La puissance souscrite détermine directement le montant de la composante fixe du TURPE. Une copropriété équipée d’un compteur 6 kVA pour l’éclairage des parties communes ne supporte pas les mêmes charges qu’un immeuble avec ascenseurs, VMC et chaufferie collective nécessitant 250 kVA.
Copropriétés ≤36 kVA en option base
Les copropriétés dont la puissance souscrite ne dépasse pas 36 kVA conservent la possibilité de souscrire au tarif réglementé de vente (TRV), le fameux « Tarif Bleu » d’EDF. Selon le rappel du Médiateur national de l’énergie sur l’éligibilité des copropriétés, seules les puissances strictement supérieures à 36 kVA sont exclues du TRV depuis le 1er janvier 2016.

Pour ces copropriétés, la part du TURPE dans la facture totale se situe généralement dans la tranche basse de la fourchette CRE (autour de 20-25% TTC). L’abonnement TURPE augmente progressivement avec la puissance : comptez une différence significative entre un compteur 6 kVA et un compteur 36 kVA, tant sur la composante fixe que sur le coefficient de soutirage appliqué.
Copropriétés ≤36 kVA en heures creuses
L’option heures creuses modifie la répartition du TURPE variable entre les plages horaires. Le prix du kWh acheminement diffère selon qu’il est consommé en heures pleines ou en heures creuses. Pour une copropriété dont les équipements fonctionnent majoritairement la nuit (programmation du chauffage collectif, recharge véhicules électriques en parking), cette option peut s’avérer pertinente.
La difficulté réside dans l’analyse du profil de consommation réel : si moins de 40% des kWh sont effectivement consommés en heures creuses, l’intérêt de cette option devient discutable. Les données de consommation issues du compteur Linky permettent désormais de vérifier cette répartition avec précision.
Grandes copropriétés >36 kVA : l’enjeu des versions tarifaires
Pour les copropriétés dépassant le seuil des 36 kVA, la situation diffère radicalement. Ces structures sont exclues du tarif réglementé depuis 2016 et doivent obligatoirement souscrire une offre de marché. La question de la fin du tarif réglementé en copropriété reste d’actualité pour les gestionnaires qui n’ont pas encore optimisé leur contrat.
L’enjeu principal pour ces grandes copropriétés réside dans le choix de la version tarifaire TURPE : Longue Utilisation (LU), Moyenne Utilisation (MU) ou Courte Utilisation (CU). Ces versions déterminent l’équilibre entre la part fixe (abonnement) et la part variable (prix du kWh acheminement). Selon la délibération n° 2025-78 fixant le TURPE 7 HTA-BT, la possibilité de modifier sa version tarifaire sans délai de 12 mois reste ouverte jusqu’au 31 janvier 2026.
Le récapitulatif ci-dessous synthétise l’impact de la version tarifaire sur la répartition du TURPE pour une grande copropriété. Chaque version correspond à un profil d’utilisation spécifique :
| Version tarifaire | Profil adapté | Part fixe | Part variable | Impact TURPE |
|---|---|---|---|---|
| Longue Utilisation (LU) | Résidence principale occupée toute l’année | Élevée | Basse | Optimisé si conso >5000 h/an |
| Moyenne Utilisation (MU) | Copropriété mixte résidentiel/tertiaire | Moyenne | Moyenne | Compromis polyvalent |
| Courte Utilisation (CU) | Résidences secondaires, faible occupation | Basse | Élevée | Rentable si conso <2500 h/an |
La pratique du marché démontre que de nombreuses copropriétés >36 kVA conservent une version MU par défaut, alors qu’une version LU serait plus adaptée à leur occupation permanente. L’écart peut représenter plusieurs centaines d’euros par an sur la seule composante TURPE.
Optimiser la part du TURPE : ce qui est actionnable
Ce que vous ne pouvez pas négocier sur le TURPE : le tarif d’acheminement est régulé par la CRE et identique pour tous les consommateurs d’une même catégorie. Aucun fournisseur, courtier ou négociation ne peut réduire ce tarif. Les seuls leviers portent sur l’adaptation de la puissance et de la version tarifaire au profil réel de consommation.
Le TURPE 7, entré en vigueur au 1er août 2025, affiche une baisse de -1,92% par rapport au TURPE 6, liée au transfert du FACE (Fonds d’Amortissement des Charges d’Électrification) vers le budget de l’État. Cette évolution reste modeste et ne modifie pas fondamentalement la structure tarifaire. Les prochaines révisions sont prévues aux 1er août 2026, 2027 et 2028, avec des ajustements proches de l’inflation selon la délibération de la CRE.
Pour une copropriété souhaitant réduire l’impact du TURPE dans sa facture, trois leviers méritent attention. Le premier concerne l’adéquation de la puissance souscrite aux besoins réels : une puissance surdimensionnée génère un abonnement TURPE inutilement élevé. Le deuxième porte sur le choix de la version tarifaire pour les compteurs >36 kVA. Le troisième, souvent négligé, consiste à réduire la consommation globale : moins de kWh consommés signifie moins de TURPE variable à payer.

Sur ce dernier point, l’installation de solutions d’éclairage connecté pour économies d’énergie dans les parties communes permet de réduire la consommation électrique et, par effet mécanique, la composante variable du TURPE. Les détecteurs de présence, variateurs et LED basse consommation génèrent des économies mesurables à présenter lors des assemblées générales.
Cas pratique : passage de MU à LU pour un immeuble de 80 lots
Prenons l’exemple d’une copropriété de 80 lots équipée d’un compteur 250 kVA en version Moyenne Utilisation (MU). L’analyse du profil de consommation révèle plus de 6000 heures d’utilisation annuelle, caractéristique d’une résidence principale avec ascenseurs, VMC permanente et chauffage collectif. Le passage en version Longue Utilisation (LU) augmente l’abonnement annuel mais réduit significativement le prix du kWh acheminement. Sur une consommation de 150 000 kWh/an, l’économie nette sur la composante TURPE peut atteindre plusieurs centaines d’euros, directement répercutée sur les charges des copropriétaires.
Vérifiez ces 5 points sur votre facture de copropriété
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Identifiez la puissance souscrite actuelle (3 à 36 kVA ou supérieure)
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Repérez la ligne « acheminement » ou « TURPE » et notez son montant annuel
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Vérifiez la version tarifaire indiquée (LU, MU, CU) si >36 kVA
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Calculez le ratio TURPE / facture totale TTC pour situer votre copropriété
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Analysez les heures d’utilisation annuelles via les données Linky pour valider votre version
Vos questions sur le TURPE en copropriété
Questions fréquentes sur le TURPE et les charges de copropriété
Le TURPE baisse-t-il si je change de fournisseur d’électricité ?
Non. Le TURPE est un tarif régulé, fixé par la CRE et reversé à Enedis. Il reste strictement identique quel que soit le fournisseur choisi. Seule la part fourniture (le prix du kWh hors acheminement) varie d’un opérateur à l’autre et peut faire l’objet de négociation ou de mise en concurrence.
Notre copropriété de 40 kVA peut-elle revenir au tarif réglementé ?
Non. Les tarifs réglementés de vente ont été supprimés pour les puissances strictement supérieures à 36 kVA depuis le 1er janvier 2016. Une copropriété de 40 kVA doit obligatoirement souscrire une offre de marché auprès d’un fournisseur de son choix. L’optimisation passe alors par la comparaison des offres et le choix de la version tarifaire TURPE adaptée.
Quand le TURPE 7 entre-t-il en vigueur et que change-t-il ?
Le TURPE 7 HTA-BT est entré en vigueur le 1er août 2025 pour une période de 4 ans (2025-2028). Il affiche une baisse de -1,92% liée au transfert du FACE vers le budget de l’État. La structure tarifaire reste globalement stable par rapport au TURPE 6. Les copropriétés conservent la possibilité de changer de version tarifaire sans délai de 12 mois jusqu’au 31 janvier 2026.
Comment savoir si notre version tarifaire TURPE est adaptée ?
Analysez le nombre d’heures d’utilisation annuelles de votre compteur via les données Linky ou les relevés de consommation. Une copropriété occupée en permanence (>5000 h/an) a généralement intérêt à opter pour la version Longue Utilisation (LU). Une résidence secondaire ou saisonnière (<2500 h/an) sera mieux servie par la version Courte Utilisation (CU). Le courtier en énergie Opéra Énergie peut réaliser cette analyse pour identifier la version optimale.
Le suivi régulier des consommations permet d’anticiper les dérives et de valider les choix tarifaires. La mise en place d’une surveillance énergétique pour suivre vos consommations offre une visibilité en temps réel sur les postes les plus énergivores des parties communes.
La prochaine étape pour votre copropriété
Votre plan d’action immédiat
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Récupérez la dernière facture annuelle d’électricité des parties communes
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Identifiez la part TURPE et calculez son ratio par rapport à la facture totale
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Si >36 kVA : demandez une simulation de changement de version tarifaire avant le 31 janvier 2026
Comprendre la composition de sa facture d’électricité n’est que la première étape. La question à poser au prochain conseil syndical : notre version tarifaire TURPE correspond-elle vraiment au profil d’occupation de l’immeuble ?
Précisions sur les tarifs TURPE 2026 : Les pourcentages indiqués (20 à 30% TTC) sont des moyennes constatées par la CRE et varient selon le profil de consommation réel. Les grilles TURPE sont révisées annuellement par la CRE, la dernière délibération applicable datant du 13 mars 2025 (TURPE 7 HTA-BT). Chaque copropriété présentant un profil unique, une analyse personnalisée par un courtier en énergie ou un conseiller spécialisé copropriétés reste recommandée pour optimiser les charges.